Monday, November 12, 2007

On vous propose une sélection de poèmes extraits des 5 anthologies suivantes :
Au nom de la Liberté - Poèmes de la Résistance Anne Bervas-Leroux et Bruno Leroux Etonnants classiques - GF Flammarion Edité en avril 2000 à Manchecourt (45300)

Liberté (p. 31 à 33) La Rose et le Réséda (p. 39 à 41) Bretagne (p. 55) Je trahirai demain (p. 65) Les Partisans (p. 59 à 61)


Ce poème "Liberté" de Paul Eluard fut largué par les avions de la RAF en milliers de tracts sur la France occupée en 1942.

Sur mes cahiers d’écolier Sur mon pupitre et les arbres Sur le sable sur la neige J’écris ton nom Sur toutes les pages lues Sur toutes les pages blanches Pierre sang papier ou cendre J’écris ton nom
Sur les images dorées Sur les armes des guerriers Sur la couronne des rois J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert Sur les nids sur les genêts Sur l’écho de mon enfance J’écris ton nom Sur les merveilles des nuits Sur le pain blanc des journées Sur les saisons fiancées J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur Sur l’étang soleil moisi Sur le lac lune vivante J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon Sur les ailes des oiseaux Et sur le moulin des ombres J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore Sur la mer sur les bateaux Sur la montagne démente J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages Sur les sueurs de l’orage Sur la pluie épaisse et fade J’écris ton nom Sur les formes scintillantes Sur les cloches des couleurs Sur la vérité physique J’écris ton nom Sur les sentiers éveillés Sur les routes déployées Sur les places qui débordent J’écris ton nom Sur la lampe qui s’allume Sur la lampe qui s’éteint Sur mes maisons réunies J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux Du miroir et de ma chambre Sur mon lit coquille vide J’écris ton nom Sur mon chien gourmand et tendre Sur ses oreilles dressées Sur sa patte maladroite J’écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte Sur les objets familiers Sur le flot du feu béni J’écris ton nom
Sur toute chair accordée Sur le front de mes amis Sur chaque main qui se tend J’écris ton nom Sur la vitre des surprises Sur les lèvres attentives Bien au-dessus du silence J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits Sur mes phares écroulés Sur les murs de mon ennui J’écris ton nom Sur l’absence sans désir Sur la solitude nue Sur les marches de la mort J’écris ton nom
Sur la santé revenue Sur le risque disparu Sur l’espoir sans souvenir J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot Je recommence ma vie Je suis né pour te connaître Pour te nommer Liberté.

Paul Eluard



La Rose et le Réséda

Par Louis Aragon
A Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves Comme à Guy Môquet et Gilbert Dru

Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Tous deux adoraient la belle Prisonnière des soldats Lequel montait à l’échelle Et lequel guettait en bas Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Qu’importe comment s’appelle Cette clarté sur leur pas Que l’un fût de la chapelle Et l’autre s’y dérobât Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Tous les deux étaient fidèles Des lèvres du coeur des bras Et tous les deux disaient qu’elle Vive et qui vivra verra Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Quand les blés sont sous la grêle Fou qui fait le délicat Fou qui songe à ses querelles Au coeur du commun combat Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Du haut de la citadelle La sentinelle tira Par deux fois et l’un chancelle L’autre tombe qui mourra Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Ils sont en prison Lequel A le plus triste grabat Lequel plus que l’autre gèle Lequel préfèrent les rats Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Un rebelle est un rebelle Nos sanglots font un seul glas Et quand vient l’aube cruelle Passent de vie à trépas Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Répétant le nom de celle Qu’aucun des deux ne trompa Et leur sang rouge ruisselle Même couleur même éclat Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Il coule il coule et se mêle À la terre qu’il aima Pour qu’à la saison nouvelle Mûrisse un raisin muscat Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas L’un court et l’autre a des ailes De Bretagne ou du Jura Et framboise ou mirabelle Le grillon rechantera Dites flûte ou violoncelle Le double amour qui brûla L’alouette et l’hirondelle La rose et le réséda

Louis Aragon


Un poème de la résistante juive
Marianne Cohn

Je trahirai demain

Marianne Cohn
D'origine allemande, elle était membre de la Résistance Juive, elle sauva des enfants par des placements dans des familles françaises ou par le passage vers la Suisse. Elle était membre des Eclaireurs Israélites de France (EIF).
La Gestapo de Lyon l'arrête, en mai 1944, près de la frontière suisse alors qu'elle tentait de faire de faire passer 28 enfants. Ces enfants là seront sauvés.
Dans sa prison, elle écrit ce poème.
Marianne Cohn a été longuement torturée. Elle est morte assassinée par les nazis, le 8 août 1944, à l'âge de 22 ans et son corps jeté dans la fosse commune, à Ville-la-Grand, en Haute-Savoie, près d'Annemasse.




Par Marianne Cohn

Je trahirai demain pas aujourd’hui. Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles, Je ne trahirai pas.
Vous ne savez pas le bout de mon courage. Moi je sais. Vous êtes cinq mains dures avec des bagues. Vous avez aux pieds des chaussures Avec des clous.
Je trahirai demain, pas aujourd’hui, Demain. Il me faut la nuit pour me résoudre, Il ne me faut pas moins d’une nuit Pour renier, pour abjurer, pour trahir.
Pour renier mes amis Pour abjurer le pain et le vin, Pour trahir la vie, Pour mourir.
Je trahirai demain, pas aujourd’hui La lime est sous le carreau, La lime n’est pas pour le barreau, La lime n’est pas pour le bourreau, La lime est pour mon poignet.
Aujourd’hui je n’ai rien à dire, Je trahirai demain.
Marianne Cohn


Les Partisans

Par Joseph Kessel et Maurice Druon
Ami, entends-tu Le vol noir des corbeaux Sur nos plaines ?
Ami, entends-tu Les cris sourds du pays Qu’on enchaîne ?
Ohé Partisans Ouvriers et paysans C’est l’alarme !
Ce soir l’ennemi Connaîtra le prix du sang Et les larmes
Montez de la mine Descendez des collines Camarades,
Sortez de la paille Les fusils, la mitraille Les grenades !
Ohé les tueurs A la balle ou au couteau Tuez vite ! Ohé saboteur Attention à ton fardeau Dynamite !
C’est nous qui brisons Les barreaux des prisons Pour nos frères !
La haine à nos trousses Et la faim qui nous pousse La misère...
Il y a des pays Où les gens au creux du lit Font des rêves
Ici, nous, vois-tu, Nous on marche et nous en tue Nous on crève
Ici, chacun sait Ce qu’il veut, ce qu’il fait Quand il passe...
Ami, si tu tombes Un ami sort de l’ombre A ta place,
Demain, du sang noir Séchera au grand soleil Sur les routes
Sifflez compagnons... Dans la nuit la liberté Nous écoute...

Chant composé par Joseph Kessel et Maurice Druon en 1943

Courte bibliographie

Primo Levi, Si c’est un homme, Paris, Julliard, 1987.

George L.Mosse, De La Grande guerre au totalitarisme, Paris, Hachette, 1999.

Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, Christian Ingrao et Henry Rousso (dir.),

La Violence de guerre, 1914-1945, Paris, Editions Complexe, 2002.

Deux guerres mondiales ont déjà eu lieu ; on recense plus de morts dans la seconde moitié du XXe que pendant les 2 guerres mondiales : la guerre froide a eu ses guerres « chaudes ». La guerre de Corée (1950-1953) par exemple, lors de laquelle on a frôlé la catastrophe nucléaire, a fait près d’un million de morts. Dans ce déchaînement de violence qui prend de nos jours une proportion effrayante (attentat du 11 septembre par exemple) et quotidienne (2ème Intifada), la 2ème guerre mondiale tient, semble-t-il, une place prépondérante. Elle est une clé de lecture, une référence pour comprendre le monde actuel ]. La question des spécificités de cette guerre et des rapports entre celle-ci et les autres conflits du XXe est donc posée. Quelles sont ses singularités ?

Par Hervé LALY - Professeur d’histoire à l’IUFM de Bonneville
Tableaux comparatifs des deux guerres mondiales

Points communs aux deux guerres mondiales
Singularités du 2ème conflit mondial
1- Nationalismes. G.Mosse : « la plus puissante idéologie des temps modernes, le vrai terreau du fascisme ». 2- Guerre de masse : conséquence des nationalismes, l’ensemble des citoyens est prêt à combattre. 3- Construction d’une culture de guerre.
Les deux conflits présentent les mêmes caractéristiques sur ces trois points
Guerre totale : intégration totale du pays, la société civile est aussi concernée (économie de guerre). La frontière civil/militaire disparaît.
Engagement différent des populations dans les pays occupés : passivité, résistance ou collaboration ?
Guerre radicale : l’ennemi est à ce point honni que tous les moyens sont bons même ceux rejetés en principe par des sociétés humanistes ; la guerre est aussi radicale au sens où elle est raciale et ce dès la 1ère guerre mondiale (génocide arménien ; déshumanisation de l’adversaire).
Programmation et mise en œuvre administrative de génocides.
Pertes militaires de la 1ère guerre mondiale
Pertes militaires de la 2ème guerre mondiale
8 510 000
Entre 16 000 000 et 17 000 000
Morts au combat par jour (en moyenne)
Pays
1ère guerre mondiale
2ème guerre mondiale
Allemagne
1083
1564
Grande Bretagne
457
147
France
2737 d’août à novembre 1914
Environ 2000 par jour en mai-juin 1940
Russie
1459
5628

Hervé LALY Professeur d’histoire à l’IUFM de Bonneville

Pubblicato da Marina Marino a lunedì, ottobre 29, 2007 0 commenti



"Comprendre et enseigner les racines de l’Humanisme"
La 2ème guerre mondiale dans les conflits du XXe siècle

Par Hervé LALY - Professeur d’histoire à l’IUFM de Bonneville

Une violence d’une nature différente
La violence, inhérente aux sociétés humaines ? La violence est anthropologique. Les massacres remontent à loin. Les soldats du général romain Marius ne font aucun quartier aux Cimbres, exterminés jusqu’au dernier (102-101 av.J.C.). Dans la nuit de la Saint Barthelémy (23-24 août 1572) les catholiques massacrent plus de 3000 victimes. Lors de l’insurrection vendéenne, le représentant en mission Carrier est responsable de noyades collectives dans la Loire (décembre 1793). En janvier 1794, Barère veut « détruire la Vendée ». Les troupes républicaines se divisent alors en plusieurs colonnes avec mission explicite de brûler tout l’habitat et d’exterminer les populations, femmes et enfants compris. Le siège de Saragosse (1808-1809) par les troupes napoléoniennes se solde par 40 000 morts en 4 mois. Les guerres de la Révolution et de l’Empire font en tout 1,5 million morts soit l’équivalent des pertes françaises de la Grande Guerre. Certaines violences des guerres du XXe n’ont donc aucun caractère particulier ou innovant par rapport aux actes que nous venons d’énumérer. Bien plus, les sociétés des XVIe et XVIIe sont saturées de violence. Elle est rarement pathologique ou criminelle mais relève plutôt d’une sociabilité intensément conflictuelle. Nous avons tendance à croire que nous vivons dans une insécurité permanente or la violence quotidienne est à la baisse de nos jours. Dans l’Ancien régime, la violence était de tous les instants mais c’était une violence « chaude », ordinaire, normale au sens propre du terme, commune et réactive. Sous l’effet de la civilisation des mœurs et de l’action de l’Etat, les hommes ont appris à se maîtriser. Nous vivons aujourd’hui dans une société pacifiée qui accorde une importance centrale aux droits de l’Homme. La violence d’antan existe toujours mais elle est devenue extraordinaire, monstrueuse et relève dorénavant du fait divers (affaires Alègre ou Flactif en 2002...).
Une violence d’une autre nature La violence actuelle apparaît plus « froide », à l’exemple de l’attentat du 11 septembre à New York, opération imprévisible, menée méthodiquement, froidement planifiée par des kamikazes ; la Tchétchénie ou la guerre conçue comme une « opération chirurgicale » sont d’autres exemples. Surtout la cruauté se banalise. La violence extrême poursuit des buts autres qu’elle-même : l’exécution des captifs lors des guerres est une violence radicale mais elle s’exerce en fonction d’une menace, réelle ou imaginaire, que ces derniers peuvent continuer de représenter. Avec la cruauté, la violence tend à devenir sa propre fin ; il ne s’agit plus seulement de détruire l’ennemi ou la menace qu’il représente mais d’infliger de la douleur, de profaner son humanité, de le déshumaniser [1]. Il existe donc un grand écart phénoménologique entre la violence extrême et la cruauté. D’où la question suivante : comment des sociétés pacifiées aux valeurs humanistes peuvent se révéler aussi féroces dans leurs combats et totalement indifférentes au pire sort infligé à l’adversaire et aux moyens employés ? Pire, lors de la 2ème guerre mondiale, l’humanité a failli disparaître. C’est la fin de l’idée d’un progrès ininterrompu, d’un sens à l’histoire (Hegel). En 1961 une philosophe allemande juive, Hannah Arendt, assiste au procès d’Adolf Eichmann, organisateur, sous l’autorité d’Himmler et de son adjoint Heydrich, de l’extermination des Juifs. Elle en fit un livre [2]. Cet ouvrage fit scandale lors de sa parution, Arendt étant présentée comme traître à la cause juive. Elle fait en effet remarquer que l’accusé n’est pas du tout un antisémite fanatique mais plutôt un fonctionnaire zélé qui avait un travail à accomplir. Lors de son procès, il affirma qu’il ne ressentait aucune haine contre les Juifs. H.Arendt défend la thèse que l’homme nouveau souhaité par le régime totalitaire n’est pas le fanatique mais l’homme générique au sens de pur et simple représentant de l’espèce, dépourvu de toute affectivité comme de toute initiative et de toute opinion. Et cet homme nouveau peut être chacun de nous. Au procès de Nuremberg (novembre 1945-octobre 1946), un membre des services secrets allemands racontait l’anecdote suivante à Simon Wiesenthal. En octobre 1944, à Budapest, il était assis avec 4 autres SS et Eichmann. L’un d’eux, faisant allusion à l’extermination des juifs, demanda : « Combien y en a-t-il ? Environ 5, répondit Eichmann. » Nous savions tous qu’il voulait dire 5 millions. Un jeune officier dit alors sans réfléchir : « Mais après la guerre ? Est-ce qu’on ne va pas nous demander où sont passés ces millions de juifs ? » Eichmann eut un geste de la main et répondit : « 100 morts, c’est une catastrophe. 1 million, c’est une statistique.

( d'après le site de l'ACADEMIE DE GRENOBLE)





Bella Ciao( Cliquez ici pour écouter la musique) 1 Una mattina mi son svegliato O bella ciao... Una mattina mi son svegliato Ed ho trovato l’invasor.
1 je me suis éveillé un matin, Bonjour ma belle, Je me suis éveillé un matin, Et l’envahisseur était là.
2 Oh ! Partigiano, portami via O bella ciao... Oh ! Partigiano, portami via Che mi sembra di morir.
2 Hé ! partisan, emmène-moi, Au revoir ma belle, Hé ! partisan, emmène-moi, Car je me sens mourir.
3 E se io muoio da Partigiano O bella ciao... E se io muoio da Partigiano Tu mi devi seppellir.
3 Et si je meurs en partisan, Au revoir ma belle, Et si je meurs en partisan, Il faudra que tu m’enterres.
4 E seppellire sulla montagna O bella ciao... E seppellire sulla montagna Sotto l’ombra di un bel fior.
4 Que tu m’enterres sur la montagne, Adieu ma belle, Que tu m’enterres sur la montagne, A l’ombre d’un arbuste fleuri.

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